Le Challenger

En homme expérimenté , l’ancien Premier ministre de Wade est entrain de former autour de lui l’une des plus grandes coalitions de la présidentielle du 24 Février prochain. A 59 ans, comme le plus redoutable challenger de Macky Sall.

A dire vrai, de tous les candidats, il est peut-être le moins élégant, mais le plus éloquent. Rhéteur-né, Idrissa Seck a les mots qui soignent les maux. Le leader du Rewmi a le courage de ses idées, mais ignore l’idée du courage. Parfois trop franc, trop direct, trop rusé.

Lui ne fait pas dans la langue de bois et jure toujours par le Coran. Une assurance, souvent traduite en suffisance par ses pourfendeurs, qui fait de lui fun des plus calomniés de la scène politique sénégalaise. Mais rien à faire I’homme a la poitrine assez dilatée (pour reprendre ses propres mots) pour faire face à ses pour-fendeurs. Surtout qu’entre Idrissa Seck et la politique, c’est une vieille histoire.

L’homme a très tôt plongé dans la marmite libérale. Un engagement militant auprès du Président Wade qui lui a valu beaucoup de responsabilités, tant dans l’appareil d’Etat qu’au sein du Parti démocratique sénégalais (Pds). Jeune premier, en 1988 déjà, au temps du puissant régime socialiste, devient le directeur de campagne du candidat du Sopi pour l’élection présidentielle.

Le garçon aux cheveux hirsutes et à la peau noire revenait fraîchement de l’Hexagone et séduisait déjà à cette époque les électeurs sénégalais de par son discours captivant. Déterminé à faire gagner son candidat et à l’avant du combat, ldrissa Seck est arrêté lors dos violences post-électorales. Son candidat perd l’élection devant Abdou Diouf, Idrissa Seck reprend les airs et atterrit aux Etats-Unis pour une formation avant de devenir consultant au sein du cabinet Price Waterbouse.

En 1995, l’ancien numéro 2 du Pds reprend ses activités politiques après avoir décliné un poste dans le gouvernement d’ouverture du Président Abdou Diouf de 1991. A son retour, il est nommé ministre du Commerce et de l’industrialisation dans le gouvernement élargi du Premier ministre Habib Thiam. Initiateur de la «Marche bleue» du candidat Abdoulaye Wade, Idrissa Seck portera au pouvoir le Pape du Sopi au soir du 19 mars 2000.

Directeur de cabinet du Président, puis Premier ministre de Wade en 2002. Mais en 2004, survint le clash : avec la fameuse dualité au sommet de Etat. L’enfant béni est désormais banni par son pater de Président. Le différend prend une tournure judiciaire. Idrissa Seck est accusé de malversations financières dans les chantiers de Thiès. Un dossier qui le conduit, en 2005, à la prison de Rebeuss où il a séjourné pendant sept mois.

Le malheur ne venant jamais seul, l’enfant de Thiès est exclu, la même année, du Pds. Mais, en 2006, l’actuel Président du Conseil départemental de Thiès recouvre la liberté. Il a eu un non-lieu dans ce dossier : C’est alors le moment choisi par Idrissa Seck pour prendre son destin politique en main. Il crée sa propre formation Politique, le Rewmi. Foudre de guerre, Idrissa Seck atomise tous ses adversaires de la capitale du Rail. Thiès est son fief et il le tient.

Exclu du Parti démocratique sénégalais dépuis 2005, Idrissa Scck, qui a créé entre-temps son propre parti, décide de défier son ancien mentor, Me Abdoulaye Wade, lors de l’élection présidentielle de 2007. Mais avant le scrutin, l’ancien maire de Thiès part répondre à une invitation du Président Wade. Un acte qui lui aura été fatal. Des Sénégalais, qui n’avaient pas apprécié cette rencontre, vont lui tourner le dos. Malgré tout, Idrissa Seck prendra son courage à deux mains et se présente à l’élection présidentielle de 2007.

Il s’en est sorti deuxième avec 14% des derrière Me Abdoulaye Wade. En 2012, il est celui qui soulèvera la problématique de la recevabilité de la candidature de Me Abdoulaye Wade pour un 3e mandat. Idrissa Seck fera même appel à des juristes français pour conforter sa position. Candidat en 2012, l’ancien Premier ministre ne réalisera pas son rêve de devenir le quatrième président de la République du Sénégal.

Le candidat de la coalition «Idy4Président» est sorti de ce scrutin avec un score de 7%, soit la moitié de ce qu’il avait à la Présidentielle de 2007. Deux tenta-tives vouées à l’échec. Cette fois, Idrissa Seck revient à la charge et brigue pour la troisième fois la magistrature suprême. Mais sur la route du pouvoir, Idrissa Seck a encore dû faire face à une rude bataille médiatique qui le confinera même au silence. Offensif et très virulent contre le régime Sall, le leader du Rewmi a été pris à défaut dans une interprétation religieuse des plus sensibles.

Ses termes «un petit bédouin», pour parler du Prophète de l’Islam, et le débat sur «la direction de la prière», entre «Bakke et Makka», vont l’entraîner dans une vive polémique. Un tourbillon médiatique, accentué par le régime en place, duquel il s’échappera difficilement. Dans un mouvement d’ensemble suspendu à la volonté ou à la complicité du pouvoir, cent selon, l’affaire Idrissa Seck est à son amplitude maximale.

La levée de boudiers bien orchestrée, a un seul objectif mener le leader du Reverni à l’abattoir politique. Idy est accusé des pires crimes religieux blasphème, apostasie… Et dans le box de la partie civile, on retrouve même le Khalife général des Tidianes, qui a dit toute ses indignations. Face à la virulence des attaques, ldrissa Seck ira même jusqu’à «réveiller» sa maman Adjaratou Patou Diop Assane.

Dans une lettre d’outre-tombe, elle s’adresse aux pourfendeurs de Mara, son fils chéri «A tous les donneurs de leçons qui oublient leurs propres vices (Sourate 2, verset 44), je voudrais rappeler ceci : Mara (Idy) a été gratifié de la chance de devenir le disciple-aspirant de l’Abreuvoir des Assoiffés, Serigne Touba, le Serviteur élu du Messager source de la droiture; et son Oncle Al Maktoum, petit-fils du même Serigne Touba, n’en est pas mécontent du tout.» L’adresse fera son effet. Mais Idrissa Seck va tout de même écourter sa tournée et se rendre en France. Il sera, à son retour, reçu par le Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Mbacké, et Serigne Moussa Naawél.

Qu’est-ce qu’ils lui ont dit ? Personne ne saura. Seulement l’audience de Touba a eu un sacré effet sur le comportement de Idrissa Seck. Plus aucune déclaration publique. Ou presque. Du mutisme,. Idy s’est emmuré dans un silence qu’il ne brisera plus.

Ou presque. Aujourd’hui, à la tête d’une grande coalition, l’actuel Président du Conseil départemental de Thiès est revenu en force. Il se positionne de jour en jour comme le plus «redoutable adversaire» de Macky Sal pour l’élection présidentielle du 24 février 2019. L’ancien élève de Randoulène Sud2 de Thiès et brillant collégien de Saint-Gabriel, arrivera-t-il à ses fins ?

En tout cas, chez les partisans de cet ancien pensionnaire du lycée Marcelin Berthelot (classe préparatoire aux Hautes études commerciales, Hec) et étudiant en Sciences Po (Institut politique de Paris), la confiance est de mise.

SOPHIE BARRO