Algérie : le chef d’état-major de l’armée demande de déclarer Abdelaziz Bouteflika inapte

Le général Ahmed Gaïd Salah propose d’engager la procédure de l’article 102 de la Constitution, prévue dans le cas où le président de la République « se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions ».

Le chef d’état-major de l’armée algérienne a demandé, mardi 26 mars, que soit engagée la procédure de l’article 102 de la Constitution, prévue dans le cas où le président de la République « se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions pour cause de maladie grave et durable ». A Alger, quelques klaxons ont accueilli la nouvelle.

Au pouvoir depuis vingt ans, Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, est affaibli par les séquelles d’un AVC qui l’a empêché, depuis 2013, de s’adresser de vive voix aux Algériens et a rendu rares ses apparitions publiques. Cible depuis près d’un mois d’une contestation inédite depuis qu’il est au pouvoir, il a renoncé, le 11 mars, à briguer un cinquième mandat, tout en indiquant qu’il prolongerait son quatrième mandat au-delà de son terme constitutionnel, le 28 avril, jusqu’à un nouveau scrutin organisé à l’issue d’un processus de révision constitutionnelle.

Dans un discours retransmis à la télévision nationale mardi, le général Gaïd Salah, un proche d’Abdelaziz Bouteflika, a salué le « caractère pacifique » et le « civisme » des manifestations du peuple algérien ces dernières semaines pour exiger des changements politiques. Mais il a souligné que « ces marches pourraient être exploitées par des parties hostiles et malintentionnées ». « Dans ce contexte, conclut-il, il devient nécessaire, voire impératif, d’adopter une solution pour sortir de la crise, qui répond aux revendications légitimes du peuple algérien, et qui garantit le respect des dispositions de la Constitution et le maintien de la souveraineté de l’Etat. »

Solution de sortie de crise
Cette solution, « à même de faire l’unanimité de toutes les parties », selon lui, est celle stipulée par la Constitution algérienne dans son article 102 : celui-ci prévoit que le Parlement, sur proposition du Conseil constitutionnel « réuni de plein droit », déclare à la majorité des deux tiers, « l’état d’empêchement » lorsque « le président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions ».

Le président du Conseil de la nation (chambre haute), prend alors l’intérim pendant quarante-cinq jours. Si « l’empêchement » se poursuit à l’issue de ce délai, est déclarée la « vacance » du pouvoir. L’intérim se poursuit durant quatre-vingt-dix jours maximum, période durant laquelle une présidentielle est organisée.

Après la prise de position surprise du général Gaïd Salah, la balle se trouve dans le camp de M. Bouteflika lui-même, s’il choisit de démissionner, ou dans celui du président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz, à qui il revient de lancer la procédure permettant de déclarer le chef de l’Etat inapte à exercer ses fonctions.

Tayeb Belaiz, 70 ans, est lui aussi un fidèle du chef de l’Etat. Il était l’un des conseillers de M. Bouteflika avant que celui-ci ne le nomme à ses actuelles fonctions en février, quelque jours après le décès du titulaire du poste, Mourad Medelci.

lemonde.fr

Urgent: Algérie – Bouteflika renonce à un cinquième mandat

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, qui voulait briguer un cinquième mandat, vient de céder face à la pression de la rue. Et son premier ministre a aussi remis sa démission.

Bouteflika vient de renoncer officiellement à sa volonté de diriger l’Algérie pour la cinquième fois. Il a par la suite repoussé l’élection présidentielle qui devait se tenir le 18 Avril 2019.

Pour rappel, depuis que Bouteflika à annoncer vouloir participer à la présidentielle, beaucoup de manifestants se sont rassemblés dans les rues du pays et cela n’a pas cessé pas ce lundi. Parmi eux, des magistrats qui ont menacé de ne pas siéger lors des élections.

Après presque deux semaines d’hospitalisation à Genève, Abdelaziz Bouteflika est donc rentré en Algérie ce dimanche en fin de journée, sans qu’il ne s’exprime auprès de ses compatriotes.  Sans doute, il a écouté la volonté du peuple pendant tout ce temps pour prendre cette sage décision.

(05 Photos) Marée humaine à Alger contre la candidature du président Bouteflika

Des centaines de milliers de manifestants sont une nouvelle fois descendus pacifiquement dans les rues d’Alger, d’Oran et Constantine ce vendredi pour protester contre la décision du président Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat. Très largement supérieure à celle des manifestations des deux derniers vendredis à Alger, la mobilisation est difficile à chiffrer, les autorités ne donnant aucune évaluation du nombre de protestataires.

Les places et principales rues du centre d’Alger étaient noires de monde et le cortège a peiné à avancer en raison de la foule. Les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour disperser des manifestants qui tentaient de forcer un cordon de police bloquant l’accès à une artère remontant vers la présidence de la République. La police a annoncé avoir arrêté 195 personnes après ces heurts qui ont également fait 112 blessés dans les rangs des forces de l’ordre. Aucun autre incident notable n’a toutefois été signalé et la manifestation s’est déroulée dans une ambiance festive.

A Oran et Constantine, respectivement deuxième et troisième villes du pays, la mobilisation a également été très supérieure à celle des deux vendredis précédents. Des manifestations de grande ampleur ont été également été signalées à Oued Souf, Tizi-Ouzou, Skikda et Béjaïa, des marches spontanées initiées par des citoyens anonymes sur les réseaux sociaux.

Les profils des manifestants sont d’ailleurs extrêmement variés. D’après les témoignages recueillis par RFI, beaucoup de jeunes étaient présents, également des moins jeunes, des hommes, des enfants et aussi de nombreuses femmes. Les rassemblements de ce vendredi coïncident avec la Journée internationale des droits des femmes. A Alger, les militantes féministes étaient elles aussi au rendez-vous, comme Thinehinane Makaci, porte-parole de l’association féministe Tharwa N’Fadhma N’Soumeur : « Bien sûr, les slogans anti-5e mandat et anti-système sont éminemment présents puisqu’il est question d’une cause nationale. Mais la revendication féministe est présente puisque les associations féministes sont là avec des slogans particulièrement contre le Code de la famille, qui condamne aujourd’hui les femmes algériennes à être des citoyennes sous réserve. Il y a aussi la revendication des femmes pour le travail, la revendication des femmes pour la reconnaissance en tant que citoyennes à part entière éminemment présente dans les rues d’Alger aujourd’hui. »

Abdelaziz Bouteflika de plus en plus isolé

Des députés du FLN, le parti présidentiel qui dirige l’Algérie depuis son indépendance en 1962, se sont eux aussi joints à la contestation. Ils ont annoncé leur démission du parti. L’information a été révélée par la chaîne de télévision privée Echorouk TV. Mercredi déjà, plusieurs responsables du parti s’étaient distingués en défilant aux côtés de manifestants. Le maire FLN de Constantine a lui aussi manifesté dans sa ville.

De plus en plus isolé, Abdelaziz Bouteflika a perdu plusieurs soutiens qui lui étaient traditionnellement acquis. Il y a d’abord eu une vague de démissions au sein du Forum des chefs d’entreprise, une organisation patronale dirigée par Ali Haddad, réputé proche du chef de l’Etat. Il y a ensuite eu ce message de la puissante Organisation nationale des moudjahidines, un regroupement d’anciens combattants de la guerre d’indépendance, qui estime que les institutions algériennes « ne sont pas à la hauteur des aspirations du peuple. »

Enfin, plusieurs branches de l’Union générale des travailleurs algériens, syndicat traditionnellement acquis au pouvoir, se sont démarqués du patron de la centrale en apportant eux aussi leur appui aux manifestants.

Du côté de l’opposition, plusieurs partis et personnalités se sont réunis jeudi à Alger au siège du parti d’Ali Benflis, l’ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika devenu l’un de ses plus grands adversaires politiques. Les participants se sont mis d’accord sur un report de la présidentielle prévue le 18 avril. Une question subsiste : doivent-ils négocier ou non avec le pouvoir ? Sur ce point, l’opposition reste pour l’instant divisée.

RFI

Manif contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika : Les conséquences d’une instabilité en Algérie sur le Sahel

Malade et hospitalisé à Genève, en Suisse, le Président Abdelaziz Bouteflika a limogé son Directeur de Cabinet et ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Au moment où cette décision est prise, l’Algérie est secouée par des manifestations populaires contre un 5e mandat du président sortant. Mais il semble qu’un cercle restreint contrôle le pouvoir en Algérie, depuis le début de la maladie de Bouteflika, victime d’un AVC.

L’Algérie est sous la menace d’une instabilité qui aura des conséquences sécuritaires très dangereuses sur tout le Sahel, comme la guerre civile algérienne de 1992, dont nous vivons toujours les retombées malheureuses. L’Union africaine, la Ligue arabe, l’Opep et les Nations-Unies doivent s’impliquer dans la recherche de solution pour éviter le chaos dans ce pays de l’Afrique du Nord, qui avait échappé au «Printemps Arabe».

Abdelaziz Bouteflika ne dirige plus l’Algérie depuis longtemps. Il est maintenu dans une situation clinique artificielle par des proches, qui gèrent le pays par procuration. D’ailleurs, le limogeage de son Directeur de Cabinet en est une preuve, car cette décision n’a jamais été prise par le candidat sortant en personne, qui est plus préoccupé par sa santé que par autre chose. La candidature de Bouteflika est portée par un groupe d’apparatchiks, peut-être sans son aval personnel. Ces caciques du Pouvoir algérien risquent d’entraîner le pays dans une situation d’instabilité qui va toucher tous les pays sahéliens, de l’Afrique du Nord et l’Europe.

Aujourd’hui, toutes les Chancelleries africaines, américaines et européennes, basées en Alger, suivent ce qui se passe dans ce pays. En France, un ministre a confié à l’AFP qu’«Emmanuel Macron suivait de très près l’évolution de la situation en Algérie. Dans ce sens, Le Figaro précise que Paris multiplie les appels avec son ambassadeur à Alger, ce qui est rare. L’Obs ajoute même que celui-ci a effectué un aller-retour rapide afin de s’entretenir avec le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian», rapporte le site pro-russe «Sputnik». Les autorités ont raison d’avoir des frissons face à cette situation en Algérie. Selon cette même source, «le ministre français explique que de nombreux secteurs allant de la sécurité à l’immigration en passant par l’économie sont potentiellement mis en danger par une instabilité en Algérie».

Par ailleurs, il y a la question de la sécurité placée au centre de l’attention du président de la République française. S’y ajoutent l’intervention de la France au Sahel et la question de la lutte antiterroriste. Véritablement, une déstabilisation de l’Algérie aura des conséquences dramatiques, qui secoueront aussi bien le Mali, la Lybie, le Niger, le Tchad, la Mauritanie, le Sénégal, la Tunisie, le Maroc que la France, l’Espagne, l’Italie…

La crise de 1992 avait enfanté Aqmi

La démarche anticipative devrait amener l’Union africaine, l’ONU et la Ligue arabe à s’impliquer pour éviter un drame politique en Algérie. On se rappelle la crise politique de 1992, qui plane encore dans les esprits. Elle a démarré le 26 décembre 1991. Ce jour-là, le Front islamique du salut (FIS) remportait le premier tour des élections législatives en Algérie. Pour rappel, le FIS a été légalisé en 1989, à la faveur de la fin du régime de parti unique. Cette formation politique militait pour la création d’un État islamique. Mais ce projet a été rejeté par l’Armée et par l’ensemble des acteurs politiques du pays. Le FIS gagne les élections, mais la classe politique au pouvoir décide d’annuler les élections. Les membres du FIS avaient, pour la plupart, fait la guerre d’Afghanistan contre la Russie. La défaite de l’armée russe amène les jeunes arabes, qui ont participé à cette bataille aux côtés des Afghans (soutenus par la CIA, l’Arabie Saoudite et le Pakistan), à vouloir importer le modèle afghan chez eux, dans le seul but de créer des Etats islamiques dans tous les pays en Afrique du Nord.

Pour combattre les Russes, un appel a été lancé à l’ensemble des pays arabes. C’est ainsi que de jeunes combattants ont quitté l’Arabie Saoudite, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Lybie, l’Egypte et même le Soudan pour participer à l’effort de guerre. Lorsque ce pays musulman a gagné la guerre, face à la très redoutable armée russe, ces jeunes Tunisiens, Algériens, Marocains et Égyptiens ont regagné leur pays avec, dans les bagages, le projet de création d’un Etat islamique dans leur pays respectif. Les jeunes Algériens ont choisi la voix politique pour accéder au pouvoir, afin de réussir cette réforme institutionnelle. Le FIS gagne le scrutin législatif, mais ne dirigera pas le pays. Leur pouvoir sera confisqué par les dirigeants de l’époque. Alors, ce complot contre le FIS sera à l’origine d’une guérilla qui plongera le pays dans une guerre civile aux conséquences ressenties bien au delà des frontières algériennes. Et, cela jusqu’à nos jours. Les forces de sécurité algériennes s’affrontent avec les groupes armées affiliés au FIS. Les leaders de ce mouvement, dont Bel Hadji, seront arrêtés et mis en prison. L’Etat continue à négocier avec eux, en prison, pour calmer les manifestations, mais les leaders se radicalisent, accentuent leurs stratégies au niveau des mosquées et des villes pauvres de l’Algérie.

Au même moment, la lutte armée s’intensifie, aussi bien en Algérie qu’en France où des attentats sont perpétrés par des membres du Groupe Islamique Armée (GIA), filiale du FIS. Le GIA planifie des attaques dans les zones urbaines. Le mouvement obtient l’adhésion de la majeure partie de la population algérienne. Lorsque l’armée a commencé à chasser les combattants du FIS et du GIA, ces derniers ont reculé vers la brousse et les frontières avec le Mali, le Niger et le Maroc. Les nombreux attentats, la mort d’hommes de culture, d’enfants et de femmes ont fait perdre au FIS beaucoup de sympathie auprès de la population algérienne. Car, les civils étaient devenus les principales victimes de ce conflit. En dix ans, on comptera entre 60 et 150 000 morts en Algérie. Certains attentats marqueront profondément l’opinion nationale et internationale. On se rappelle l’assassinat des sept moines trappistes du monastère de Tibhirine, au sud d’Alger, en Mai 1996.

Que dire de l’égorgement de quelque soixante habitants du village de Thalit, près de la capitale, en avril 1997 ? Par ailleurs, il y a eu la tuerie de Benthala, en septembre 1997, dans la banlieue d’Alger : «Près de 250 personnes sont méthodiquement tuées en une nuit, tandis que l’armée reste à l’entrée du quartier», indique le site d’information sur les Droits de l’Homme, Algeria Watch. Sans complexe, le GIA dont Abdelmalick Droukdel était l’un des leaders, revendiquera tous les massacres. A cause des divergences à l’interne et des sanglantes contre-offensives de l’armée, le GIA, branche armée du FIS, perd de son influence et ses forces.

Le Gia, ancêtre du Gspc, du Mujao et d’Aqmi

Le terrorisme contemporain que nous vivons, aujourd’hui dans le Sahel, est né en l’Algérie. Car, lorsque le FIS a engagé la lutte armée, il a créé le Groupe Islamique Armé (GIA). Ce dernier a enfanté le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (Gspc), qui donnera naissance au Mouvement pour le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Ils s’installent au Nord Mali. Ces groupes engendreront le mouvement Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Arsar Dine, le Mouvement islamique Armé (MIA), créé par des Touaregs maliens, algériens et nigériens. Et la toute dernière alliance, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim), créé par Amadou Koufa, leader du Mouvement pour la Libération du Macina (MLC), Mokhtar Bel Mokhtar, leader d’«Al Mourabitoun» et Iyag Ag Ghali (leader d’Arsine). Aujourd’hui, l’instabilité du Sahel est due à la menace terroriste connue en Côte d’Ivoire, au Burkina, en Libye, au Nigeria et au Mali. Le trafic de migrants et d’armes légères est la conséquence de cette guerre civile d’Algérie de 1992. Ce trafic est renforcé par la chute de Kadhafi, également.

Les conséquences d’une nouvelle crise politique en Algérie

La «chute» de l’Algérie va ouvrir un couloir aux cartels criminels vers la Méditerranée. Les terroristes, les trafiquants de drogue, les migrants clandestins, les trafiquants d’armes vont profiter de cette instabilité de l’Algérie pour déplacer le curseur de leurs activités illicites vers ce pays, afin de libérer momentanément l’axe Niger-Tchad-Lybie. Aujourd’hui, le Mali, la Lybie et le Nord du Tchad étaient les voies d’accès des groupes criminels de tout genre.

Une crise politique en Algérie menacerait la sécurité de l’Afrique du Nord et du Sahel, mais aussi de l’Europe. Sur ce plan, la stabilité du Mali, du Tchad et de la Lybie est encore précaire à cause des groupes terroristes qui circulent dans cette partie du Sahel. L’Algérie abrite le quartier général du Comité des Etats-Majors Opérationnels conjoints (Cemoc) créé pour lutter contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière. Le Cemoc n’a jamais atteint ses objectifs. C’est pour ces mêmes raisons qu’a été créé le G5 Sahel puis le GAR-SI Sahel (Groupes d’Action Rapides Surveillance et Intervention au Sahel). Toutes ces initiatives démontrent que l’insécurité qui règne dans la sous-région préoccupe tous les Etats. Mais, la meilleure manière de lutter contre l’insécurité, c’est d’éviter des crises politiques.

Aujourd’hui, les groupes terroristes perdent du terrain. Ils sont traqués au Mali et en Libye. Mais cela ne traduit nullement la fin de cette menace. Souvent, les groupes terroristes observent des trêves pour mieux se préparer. Et la situation au Nord du Tchad, au Sud de la Lybie demeure préoccupante. Et pour des raisons sécuritaires, les Etats du G5 Sahel, la Ligue arabe et de l’UA devraient intervenir pour éviter une éventuelle crise politique en Algérie. En outre, ce pays a abrité toutes les négociations autour des accords de paix entre l’Etat malien et les groupes armées Touaregs du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (Mnla) et ses organisations annexes. Ainsi, son effondrement n’est jamais souhaité pour ceux qui savent prévoir les conséquences.

Par ailleurs, l’Algérie s’ouvre sur la mer méditerranéenne. L’Union européenne a dégagé des moyens financiers immenses pour lutter contre la migration clandestine vers l’Europe. La Lybie, qui était jadis la porte d’accès vers l’Europe, est en train d’être petit à petit stabilisée. Le Niger, le Tchad, le Burkina et les autorités libyennes ont été sensibilisés pour empêcher la traversée des contingents de clandestins vers l’Europe. Plusieurs milliers de jeunes migrants ont été stoppés entre le Niger, le Tchad et la Lybie. Des migrants sénégalais, maliens, guinéens, gambiens, nigérians, nigériens etc. sont morts dans la Méditerranéenne. Mais, avec les mesures prises par les hommes de Fayez al-Sarraj et du Général Aftar en Lybie, le trafic de migrants a été maîtrisé. Ce pays est confronté au terrorisme, avec l’Etat islamique qui a perdu du terrain, mais aussi la migration clandestine, sans tenir compte des conflits politiques internes.

Les trafiquants de migrants seraient heureux de voir l’Algérie s’embrasser pour qu’ils puissent changer d’itinéraire vers l’Europe, avec l’ouverture que ce pays offre vers la Méditerranée. En plus, une crise politique va ouvrir des couloirs aux trafiquants d’armes légères vers d’autres pays du Sahel. Depuis la chute de Kadhafi, plusieurs tonnes d’armes circulent dans tout le Sahel, jusqu’en Centre-Afrique, chez les Sélékas.

En outre, il y a de forts risques que les leaders des groupes terroristes, Mokhtar Bel Mokhtar, Amadou Koufa, Iyag Agh Ghali, en cachette dans le désert, profitent d’une crise politique en Algérie pour se renforcer et asseoir leur base dans toute la zone. Ce qui pourrait empirer la situation sécuritaire, aussi bien en Afrique du Nord que dans le Sahel. Et l’impact d’une crise politique en Algérie risque de toucher plus de 134 millions de personnes dans les pays voisins et au delà.

Algérie, une puissance militaire entourée de foyers de tension

En Afrique, l’Egypte reste la première puissance militaire, selon l’édition 2018 du classement des Armées dans le monde, publiée par le site américain spécialisé dans la défense, « Global Fire Power » (GFP). L’Algérie occupe la seconde place en Afrique et la 23ème à l’échelle mondiale. L’Armée algérienne est citée en exemple à travers le monde. En outre, Alger tente d’étendre son influence en Afrique du Nord et dans le Sahel. Mais il est accusé par le Maroc d’être le principal souteneur des malheureux activistes du Sahara occidental (le Polisario). Rappelons que l’Algérie a été élue au Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine par le Conseil exécutif de l’UA, pour un mandat de trois ans (2019-2022). Mais il faut reconnaître qu’Alger n’a pas encore réussi une prouesse dans la résolution des conflits en Afrique car, même les accords de paix au Mali tardent à porter leurs fruits.

Avec ses 42 millions d’habitants, sa superficie estimée à 2.381.741 km2, l’Algérie partage des frontières avec le Maroc et la Mauritanie à l’Ouest, le Mali au Sud, le Niger au Sud Est, la Lybie à l’Est, la Tunisie au Nord. Au Nord, elle s’ouvre également sur la mer méditerranée. Sa proximité avec les foyers de tension au Mali, en Lybie et, souvent, en Tunisie devrait inciter l’UA, l’OCI, l’OPEP, la Ligue arabe, l’Union pour la Méditerranée et les Nations-Unies à organiser, en urgence, une médiation entre les acteurs politiques du pays, pour éviter que la candidature de Bouteflika ne soit à l’origine d’une nouvelle déstabilisation de l’Algérie et du Sahel.