La révélation

A 45 ans, Ousmane Sonko est le nouveau phénomène de l’arène politique sénégalaise. Pour sa première Présidentielle, le leader de Pastef /Les Patriotes croisera le fer principalement avec Macky Sall : celui qui l’a radié et radicalisé.

Petit en âge, mais énorme dans le combat. Ousmane Sonko est sans aucun doute le candidat qui fait plus sensation de tous les 5 prétendants au fauteuil présidentiel. Le leader de Pastel/Les Patriotes, pour sa première participation à une élection présidentielle, se positionne comme l’un des principaux challengers du Président sortant, Macky Sall.

Comme un extraterrestre, Sonko a déboulé de l’autre monde, avec une mission : faire payer au régime Sall ses fautes. Ses errements et manquements. Pour ce faire, l’Inspecteur des Impôts et domaines n’a besoin que de peu de chose : du courage. Et il en a à revendre. L’homme n’est pas à se dégonfler, il ne connaît même pas la baudruche. La première bombe à déflagration politique est larguée sur le Macky en 2016. Juste à quelques mois de la Présidentielle, avant que le chef de l’État, Macky Sall, ne se rebiffe et demande au Peuple à faire ses 7 ans.

Le coup est dur. Presque insupportable pour l’Hémicycle et sa majorité aux commandes. L’info sur le non-reversement des impôts par l’Assemblée nationale tient en haleine le pays. Elle crée un véritable tollé, avec des démentis par-ci et des précisions par-là. Mais Sonko campe sur sa position. Pis, l’inspecteur des impôts rajoute de nouveaux composants explosifs à ses révélations.

Il dénonce plusieurs anomalies fiscales ou budgétaires dans le fonctionnement de l’Etat, notamment l’opacité des conditions d’attribution des contrats d’exploitation du gaz et du pétrole sénégalais. Le frère du chef de l’Etat, Aliou Sall, à l’époque Directeur général de Pétrotim Sénégal, est sa cible favorite.

Le pouvoir l’a dans sa ligne de mire. Dans un premier temps, démis de ses fonctions d’Inspecteur des Impôts, suite à une procédure disciplinaire enclenchée par le ministère de l’Economie, des finances et du plan, et exécutée par la Direction des Impôts et domaines, Ousmane Sonko finira par être congédié de la Fonction publique. Sur proposition du Conseil de discipline de la Fonction publique et par décret n°22016-1239 du 29 août 2016. Il est révoqué pour manquement à l’obligation de discrétion professionnelle. Un acte qui ne le surprend guère. «Je ne suis pas surpris. (••.)

Tout ce que j’ai dit est basé sur des informations publiques, tirées de documents officiel, et non sur des éléments glanés dans l’exercice de ma profession d’Inspecteur des Impôts. Ils veulent juste muscler et asservir les hauts fonctionnaires», réagit-il. Nullement décontenancé, le désormais ex-inspecteur principal des Impôts poursuit sa lancée combattante. Il multiplie les déclarations sur les «scandales qui jalonnent la gestion du Président Macky. Et pour prouver davantage sa détermination au peuple, son seul baromètre, Ousmane Sonko se présente aux élections législatives du 30 juillet 2017, avec la coalition «Ndawi Askanwi». Pour une première participation à des élections, le leader du Pastef décroche une place à l’Assemblée nationale.

Sonko est élu député et fera de la scène du crime perpétré contre sa personne, la tribune idéale pour ses diatribes contre le pouvoir. Il ne s’en prive pas. C’est à cœur joie que le leader du Pastef balance les « saletés » de la République sur la majorité. Ce fut le cas avec la sortie de son livre intitulé : « Pétrole et gaz au Sénégal, chronique d’une spoliation », dans lequel, il accuse la famille présidentielle d’avoir violé le code pétrolier et la Constitution.

Du syndicalisme à la politique

Ousmane Sonko est de la caste des hoplites. Ces guerriers qui subissent, depuis leur enfance, une éducation qui doit les préparer au combat. Il en a grandi avec l’âme d’un justicier. Il a la revendication chevillée au corps. La preuve, Sonko est l’initiateur du Syndicat autonome des agents des impôts et domaines (Saaid), le premier à la Dgid. Une initiative fortement contestée, à l’époque, par ses supérieurs, mais cela ne l’empêchera pas à aller de l’avant et de dérouler.

Mais plus il avance, plus Sonko voit grand. Pour trouver un cadre à Même de contenir ses immenses ambitions, il va créer les Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastel-) en 2014. Un parti politique de l’opposition radiale. «Le triste spectacle qu’offrait et qu’offre encore l’élite politique la meule depuis plus de quarante ans, nous interdisait de rejoindre l’un de ces parti dis « grands » et que nous confondons tous dans la même médiocrité qui nous a valu tout ce retard», se désolait-il.

Aujourd’hui, Ousmane Sonko est plus que jamais engagé dans la bataille panique. avec l’objectif de chasser Macky Sall du pouvoir. Phénomène médiatique. Ousmane Sonko bénéficie d’atouts non négligeables et d’un certain charisme. «Ce ne sont pas seulement ses discours qui attirent, faisait savoir Cheikh Samba Dièye. Plus que cela, il a eu à subir la tyrannie du pouvoir en plan et il a été dans des postures où ceux qui y sont d’habitude sont habitués aux comportements plus ou moins conciliats, ou plus ou moins à s’arranger avec l’ordre établi.

Il a montré qu’il était fait d’un autre bois. Dans des conditions ou certains s’écraseraient, lui a résisté et fait montre d’une certaine ténacité, qui a fait la différence. Une constance dans Ies idées et le combat qui pourrait faire de garçon 45 ans l’un des adversaires Ies plus redoutables de Macky Sall. Et ,peut-être. le 5e Président du Sénégal. Le seul bémol : ses casseroles déterrées par le Pouvoir sur la dernière ligne droite de cette course présidentielle et qui font beaucoup de bruit dans la tète des Sénégalais. Des accusations qui ont fini de semer le doute sur la probité de l’ancien Inspecteur des impôts.

ADAMA DIENG

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